Comment un recruteur indépendant peut-il facturer entre 25 000 et 40 000 euros par mois, trois ans après son lancement ? Dans cet épisode des Coulisses du Recrutement, Dorothée et moi recevons Walid Benjelloun. Walid a grandi au Maroc, est passé par une classe préparatoire puis par l'EM Lyon, et n'a quasiment jamais été salarié. Avec sa structure Walead, il combine aujourd'hui RPO, placement au succès et apport d'affaires. Son parcours bouscule plusieurs idées reçues sur le métier. Des missions étudiantes au recrutement
Walid grandit à Tanger et suit sa scolarité dans une école française. Après deux ans de prépa à Lyon, il intègre l'EM Lyon. Pendant ses études, il crée son statut d'auto-entrepreneur et enchaîne des missions de terrain : distribution, porte-à-porte, prospection pour des entreprises.
C'est une mission étudiante qui le fait entrer dans le recrutement. Via une association de l'école, il travaille vingt heures par semaine pour une scale-up en pleine croissance. Il source des profils de product managers sur plusieurs marchés européens. Sa formation se limite à deux heures avec un manager. Il apprécie tout de suite la flexibilité du métier : il peut travailler d'où il veut, même pendant un échange aux États-Unis.
Une première mission de RPO suit, deux jours et demi par semaine, en parallèle de son stage de fin d'études. Quand le besoin s'arrête, le client lui propose de continuer au succès. À la sortie de l'école, son entourage lui conseille un CDI. Walid refuse deux propositions. Il monte un dossier exigeant pour pouvoir créer son entreprise en France et lance son activité avec une mission de RPO de trois mois. Trois ans plus tard, il travaille toujours avec ce client.
Le RPO peut-il être rentable ?
Walid apporte des chiffres. Un recruteur en RPO avec trois ans d'expérience facture environ 400 euros par jour. Un RPO reconnu se situe autour de 500 à 600 euros, et jusqu'à 700 ou 800 euros avec une dimension de management. Sur une base de 500 euros et deux cents jours facturés, on atteint déjà 100 000 euros de chiffre d'affaires. Walid, lui, facture deux cent cinquante à deux cent soixante jours par an.
Il annonce aujourd'hui un chiffre d'affaires mensuel compris entre 25 000 et 40 000 euros. Il explique avoir quasiment doublé son chiffre chaque année depuis son lancement.
Trois sources de revenus : RPO, placement et apport d'affaires
Après un an et demi de RPO pur, son activité se diversifie. Des managers avec qui il a travaillé changent d'entreprise et le recommandent. Son temps n'étant pas extensible, il leur propose du placement au succès plutôt que du RPO. Il réalise alors un à deux placements par mois en plus de sa mission principale.
Troisième source : l'apport d'affaires. Quand on lui propose une mission de RPO qu'il ne peut pas prendre, il la confie à un recruteur de son réseau et perçoit une commission. Aujourd'hui, le RPO représente 50 à 60 % de son chiffre d'affaires, le placement environ 30 %, et l'apport d'affaires 10 à 20 %. Sa spécialité reste la tech en start-up et scale-up, mais il s'ouvre à d'autres secteurs grâce aux recommandations.
S'entourer pour faire du placement en parallèle du RPO
Pour mener les deux activités de front, Walid s'appuie rapidement sur des freelances pour le sourcing. Il garde la relation client et la validation des candidats. L'équipe compte aujourd'hui quatre personnes.
Il les a trouvées par le réseau de son école, en publiant une offre de mission à distance, bien rémunérée et flexible. Il a retenu des personnes recommandées par son entourage. Les profils qui réussissent le mieux sont curieux et capables de raisonner vite : ils cherchent par eux-mêmes avant de poser une question. Pour un profil issu de ce réseau, un point quotidien de quinze à vingt minutes suffit. Pour d'autres, l'accompagnement est plus long : une à deux heures par jour pendant six à huit semaines.
Walid compte deux à trois semaines pour apprendre le sourcing, environ trois mois pour gagner en autonomie et six mois pour être pleinement autonome. Sa méthode repose sur l'observation : la nouvelle recrue assiste à ses entretiens, puis mène les siens pendant qu'il observe, avant de travailler seule.
Pourquoi l'indépendance plutôt que le conseil ou la finance
Ses amis de promotion travaillent en finance ou en conseil. Walid assume un choix différent. Il gagne aussi bien sa vie, travaille moins, choisit son lieu de travail et n'a pas de pression managériale. Selon lui, le prestige et la promesse de devenir associé dans dix ans ne compensent pas la pression subie à vingt-cinq ans.
Il le reconnaît, son parcours n'est pas facile à reproduire. Il a choisi un créneau qui lui ressemble : des start-ups dynamiques qui veulent avancer vite. Il dit lui-même qu'il réussirait peut-être moins dans un secteur très cadré, comme l'industrie ou la banque.
La vitesse d'exécution comme avantage concurrentiel
Le point fort de Walid est la rapidité. Entre le brief et l'embauche, son process dure moins de vingt jours, avec vingt-quatre à quarante-huit heures entre chaque étape. Il travaille au succès comme en RPO : il échange chaque jour avec les managers et demande l'accès à leurs outils internes après un premier recrutement réussi. Le client a l'impression de travailler avec un recruteur interne.
Il a même testé un modèle à deux tarifs. Un candidat qu'il source lui-même est facturé 20 %. Un candidat issu de la base du client est facturé 7 à 8 %. Ce modèle l'a confronté à une situation classique : un candidat présenté une première fois, puis recruté un an plus tard. Le client a considéré qu'il appartenait à sa base. Walid en a tiré une leçon : prévoir ce cas dans ses contrats.
20 % au succès, sans acompte
Walid facture 20 % au succès. Il ne demande pas d'exclusivité, mais l'obtient généralement après un ou deux recrutements réussis. Il ne demande pas non plus d'acompte. Il préfère travailler avec des clients en qui il a confiance, et considère qu'un acompte sert surtout à se rassurer.
Pendant l'épisode, Dorothée et moi avons nuancé ce point. L'acompte et l'exclusivité dépendent du positionnement, du type de mission et de la relation construite avec le client.
Prospecter ou rester sur la recommandation
Aujourd'hui, Walid ne prospecte pas. Toute son activité vient de la recommandation et de ses clients historiques, qu'il garde presque tous. Il reconnaît que les clients recommandés sont plus qualifiés. Il reconnaît aussi la limite du modèle : les recommandations n'arrivent pas tous les jours, et il en reçoit deux ou trois par an.
Il se trouve donc à un tournant. Rester à taille réduite et continuer au même rythme, ou grandir vite, recruter un commercial et plusieurs recruteurs. Il le dit simplement : s'il vise un million d'euros de chiffre d'affaires, il devra prospecter. Il admet d'ailleurs ne pas être très à l'aise avec la prospection et voir l'intérêt de s'y former.
Structurer son entreprise
Walid a démarré en micro-entreprise. En dépassant les plafonds deux années de suite, il a dû créer une société. Il a été accompagné par un réseau de consultants indépendants qui l'a aidé dans ses démarches. Il se fixe un objectif : atteindre une dizaine de personnes d'ici la fin de l'année prochaine. À trois ans, il envisage aussi de lancer un produit logiciel lié au recrutement.
Pour son équipe, il préfère travailler avec des freelances dédiés à temps plein, avec une base fixe et une commission. Il y voit une flexibilité réciproque. Il teste à la fois des profils débutants qu'il forme à sa méthode et des recruteurs expérimentés.
Ce qu'il faut retenir
Le parcours de Walid montre qu'il existe plusieurs façons d'exercer le métier de recruteur indépendant. Combiner RPO, placement et apport d'affaires permet de sécuriser une partie des revenus. La vitesse d'exécution et la proximité avec le client créent la fidélité.
Il rappelle aussi une limite que je rencontre souvent : la recommandation ne suffit plus quand on veut grandir. À ce moment-là, la prospection devient indispensable, et elle se structure. Si tu es indépendant et que tu veux développer ton activité, l'Incubateur Solorecruteur t'aide à poser une méthode de prospection régulière. Tu peux aussi lire mon guide pour devenir recruteur freelance.